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Homélie de Mgr Rey

— Ordination diaconale d’Irad Belmont—

le samedi 9 janvier 

 

Dans quelques instants, par le don de l’Esprit-Saint, Irad va être identifié au Christ
Serviteur pour assumer une triple diaconie : service de l’autel, service de la Parole,
service de la charité fraternelle.

Cette démarche résulte à la fois d’un appel que lui lancent le Christ et son Église, et de
la réponse personnelle, libre et généreuse qu’Irad va exprimer en retour.

Dans cette démarche s’entrecroisent 3 dimensions de l’amour :

1) D’abord, l’amour de Dieu
Oui, c’est l’amour de Dieu qui est la raison ultime de la réponse d’Irad. Cet amour veut
prendre toute sa vie, toutes les dimensions de son être. Souvent on ne considère une
vocation sacerdotale ou religieuse qu’à partir du prix auquel il faut consentir, du
renoncement à une autonomie de vie, du sacrifice de la continence et du célibat, du
choix onéreux en direction d’une simplicité de vie. On oublie que ces privations sont
portées dans un climat de liberté et de joie, et que par ces choix, le Christ nous donne
d’accéder à une nouvelle forme de fécondité, de paternité, de dilatation de soi auquel
l’amour absolu de Dieu nous conduit.

Au point de départ, l’amour de Dieu se perçoit comme un attrait, le fruit d’une
rencontre plus personnelle avec le Christ. Peu à peu, il devient un feu ardent, une
exigence intérieure qui consume les autres raisons de vivre, les mirages illusoires du
monde. L’amour de Dieu se fait brûlure, soif, mais également allégresse qu’on ne peut
plus garder pour soi, mais qui, prenant toute sa vie, la rapporte désormais aux autres,
à leur salut, afin qu’ils puissent partager un jour, à leur tour, la même expérience, qu’ils
puissent entrer à eux aussi dans le même mystère.

J’ai eu l’occasion il y a quelques années, de visiter à Rome les chambres où vécurent St
Ignace de Loyola et St Philippe Néri. Dans des sites et à des époques différentes les
unes des autres, ces chambres témoignaient physiquement de la sainteté de ceux qui
les avaient fréquentées. Un trait commun les caractérisait : le dépouillement. Devenir
serviteur, par amour du Christ, c’est entrer dans ce dépouillement, l’oblation de soi
qui conduit à la Croix.

Cher Irad, la grande prostration que tu feras dans quelques instants, allongé de tout
ton long à même le sol, attestera liturgiquement de cette déposition de soi, de cet
ensevelissement à la suite du Christ au vendredi saint, de cette mort à soi-même à
laquelle le Seigneur t’invite à entrer afin d’accéder à une nouvelle dimension de ton
être, à ta vocation de serviteur.

Les fidèles attendent du diacre, qu’il soit à Jésus-Christ, qu’il soit le rappel de ce qu’il
y a de plus profond dans chaque baptisé ; qu’il soit à Dieu ; qu’il soit l’homme de Dieu ;
que tout ce qui fait sa vie soit une conséquence de son appartenance à Dieu ; et que les
rétifs et les sceptiques, les indifférents ou les agnostiques butent sur son témoignage
comme la preuve d’un Dieu possible et désirable.

2) Le diacre est un homme saisi par l’amour de Dieu, mais aussi par l’amour de l’Église.
Il est un homme, pas simplement « dans » l’Église, mais aussi « de » l’Église. À juste
titre, beaucoup identifient le prêtre ou le diacre à l’Eglise. Et toute critique concernant
l’Église l’atteint en retour. Il souffre avec elle des maux intérieurs qui frappent l’Église,
du péché de ses membres. Rien de ce qui la touche ne le laisse indifférent. Il a partie
liée avec elle. L’Église est sa patrie, sa terre nourricière. Elle a ravi son cœur. Il est prêt
à donner sa vie pour elle, comme le Christ l’a fait pour son Corps, car elle est la matière
du Royaume qui vient. Le diacre enracine son service dans le sol de l’Église. Il est riche
de ses richesses. Il apprend d’elle à vivre et pour elle, à mourir à cause d’elle. Grâce à
elle, il lit l’Écriture. Il assume son passé comme un héritage. Il partage ses attentes
comme une promesse.

Le diacre aime l’Église, non seulement dans sa catholicité, son universalité, son
mystère, mais également dans son incarnation, dans sa réalisation locale, dans la
réalité concrète d’un territoire, d’un terroir, d’une géographie. L’incardination marque
cette incarnation. Elle t’inscrit, Irad, dans la vie de notre diocèse du Var. Tu épouses,
Irad, cette terre qui t’accueille.

Oui, celui qui entend du fond de son être l’appel de Dieu et s’y livre tout entier,
comprend alors qu’aucune amitié, qu’aucune autre affection, qu’aucune autre passion
intellectuelle, culturelle, qu’aucune aventure humaine ne pourront assouvir la soif de
communion que l’Église a pour vocation d’étancher. Nous sommes faits pour l’Église
car nous sommes faits pour Dieu, et le rassemblement trinitaire dans lequel nous
sommes appelés à entrer, commence ici-bas dans l’Église. L’Église est « pleine de la
Trinité », disait Origène.

Tout ministre ordonné voudrait que cette vie ecclésiale pour laquelle il s’engage
pleinement, soit plus active, plus dense, plus pure, plus proche de la vie des hommes,
plus éloignée de toute forme de compromission, plus sainte, même si l’Église l’est déjà,
car Dieu habite déjà en elle. Cependant, il n’est pas possible de réformer l’Église sans
commencer par soi, ni sans aimer l’Église, sans respecter son identité, son Magistère,
sa discipline, sa liturgie. Cet amour pour l’Église est constitutif de l’état clérical. Irad,
ta mission diaconale sera de faire aimer l’Église, car elle est le lieu de l’alliance nuptiale
(célébrée à chaque messe) du Christ et des hommes, le lieu du pardon et de la louange ;
car elle est notre mère, celle qui nous éduque, nous nourrit, nous enseigne, nous forme
pour que nous devenions en elle des Évangiles vivants. Tu dois acquérir « l’instinct de
l’Église » (Madeleine Delbrel).

3) Le diacre est traversé par l’amour de Dieu, vécu en Église, et cet amour le porte vers
les hommes et les femmes de notre temps. Cet amour de Dieu s’épanouit en amour des
hommes et des femmes qui sont confiés à son ministère.

À ceux qui l’aiment, Jésus a fait une promesse éternelle : il garantit sa présence en eux,
son action en eux, sa lumière en eux, sa puissance au cœur de leurs fragilités. Dieu
n’est pas seulement présent en eux, Il est encore « manifesté » à travers eux. Quelque
chose de Lui devient visible aux hommes à partir de l’étincelle de son amour qui
palpite dans le cœur de ses ministres.

L’Église que nous aimons, n’est pas là pour elle-même, mais pour l’humanité. Elle
n’existe que pour une seule raison : pour que le monde devienne l’espace de Dieu, la
maison de Dieu. Cette perspective missionnaire justifie le ministère du diacre,
serviteur de l’Église.

Non, l’Église n’existe pas pour elle-même dans l’unique objectif d’élargir son
périmètre, de réaliser sa propre consolidation, mais pour accomplir une tâche
spirituelle vis-à-vis de tous les hommes : signifier à chacun le salut de Dieu. Même si
elle avait de grands moyens et une visibilité sociale, une influence notoire, une Église
qui ne tournerait qu’autour d’elle-même, qui s’autocélèbrerait, soucieuse de son image
et de son audimat, tomberait vite en déshérence. Elle aurait perdu son âme.

L’Église existe pour que, par elle, en elle, le Christ aime les hommes et les femmes de
notre temps, qu’Il continue de se donner à eux pour leur propre rédemption. Et elle
porte un regard d’espérance sur le monde à partir de ce que le Seigneur a fait déjà en
lui, à partir de ce qu’Il pourra y accomplir encore.

Toute la vie d’Irad va être modelée par cette triple dimension du service à la suite du
Maître : service du Christ, service de l’Église, service des hommes et des femmes
auprès desquels il est député.

Ainsi le Christ a voulu au sein de son Église que des personnes rappellent, signifient
et incarnent sa « diaconie ». « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais
pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude », rappelle l’Évangile.

Cette diaconie n’est pas d’abord une tâche à accomplir, mais une identité à signifier.
Serviteur est le nom propre du Christ, prophétisé par Isaïe. Ce n’est pas une fonction
mais un état. Le diacre est serviteur, pas d’abord en raison des tâches qu’il remplit et
qui lui sont imparties, mais parce qu’il aide toute l’Église et chacun de ses membres à
devenir à sa suite serviteur de ses frères et sœurs en humanité.

Le diacre accomplit son ministère qui est à la fois un don et une responsabilité autour
de 3 fonctions. D’abord, le service de la Parole : Le diacre est un porte-Parole : l’Église
lui assigne la tâche de la lire, de la prier, de la célébrer et de la proclamer chaque jour
dans et par la liturgie, de l’annoncer à temps et à contretemps, tant elle est lumière,
sagesse et vie, pour peu qu’on ait le cœur et l’intelligence perméable pour l’accueillir.
Le diacre est aussi assigné au service de l’autel, lieu du sacrifice rédempteur. Il dirigera
aussi la prière de l’assemblée chrétienne, il célèbrera les baptêmes, il assistera la
célébration des mariages ou des obsèques, portera le viatique aux mourants… Enfin,
le diacre est requis par le service de la charité fraternelle. Le service du diacre, c’est
d’aimer comme Jésus nous l’a enseigné : amour qui est don, pardon et communion
fraternelle. Le diacre a un amour de prédilection pour le pauvre et le petit. En eux, il
discerne la présence de Jésus en croix. Le diacre aime le prochain mais aussi le lointain,
le différent mais également l’indifférent, l’étranger. Grâce au diacre, l’Église se
positionne au rebord du monde.

« Bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Maître. » (Mt 25-21) Ce service
diaconal auquel Irad va s’adonner, sur les traces du Christ, lui donnera accès à cette
joie éternelle que Dieu promet à ceux qu’Il aime. Joie de servir. Joie de se donner au
Seigneur en servant nos frères et sœurs. Joie qui traverse nos croix et nous ouvre le
Ciel.

+ Dominique Rey
Toulon le 9 janvier 2021
Église St Jean Bosco

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